Ultra Trail Sancy 2009 / God save the truffade - 2ème partie...
Mais avant d’arriver à la 1ère barrière horaire, il y a du temps à passer, des kilomètres à faire et en plus c’est du roulant. Petite descente régulière jusqu’à Pessade puis on remonte doucement jusqu’au Col de la Croix Morand où nous attend le second ravito.
La descente sur Pessade nous révèle des paysages qui expliquent à eux seuls pourquoi je suis là aujourd’hui.
Je me fais plaisir. En fait non, je prends mon pied. Celui de gauche, avec mon Achille qui me fout la paix, et l’autre aussi. On court sur un sentier roulant et sur le versant d’une colline, on aperçoit toute une colonie de brebis qui ont le pied montagnard. Je vois le berger sur la crète et je me dis que niveau trail, ils doivent toucher leur bille ces gars.
On approche doucement de Pessade, je continue de gérer mais j’avoue que je commence à être confiant. Je viens de dépasser les 4h de course, et tout va bien au niveau des mes foutus tendons. Serait-ce un miracle ? Pourtant Lourdes n’est pas en Auvergne… Je commence à me dire que la truffade de la veille contenait des substances chimiques aux propriétés étonnantes. Mais très vite je reviens sur terre. Ma maman m’a dit qu’il ne fallait pas vendre la peau de l’ours avant la ligne d’arrivée… (et ma maman elle est balaise en proverbes)
Nous passons au milieu d’une allée d’arbres aux troncs sombres, c’est étonnant et beau à la fois, je sens des vagues de bonheur brut m’envahir : 4h35 de course et 32 kms avalés. Nous longeons un lac où des pêcheurs attendent que ça morde. L’un d’eux sort un beau spécimen juste comme je passe à son niveau. Je suis seul, le gars que je suivais depuis le ravito s’est arrêté pour une pause pipi. A mon tour je m’arrête pour une petite vidange comme le sentier se met à monter. Je me force à ralentir à un moment où pensant à mille et une choses, je suis un peu dans le rouge.
Nous avons donc passé Pessade, et il est maintenant temps de se diriger vers les choses sérieuses. Le cap de la mi-course vient d’être passé. 5h pour 35 kms : je suis exactement dans mes prévisions optimistes pour un temps de 10h30 à 11h00 à l’arrivée. L’arrivée, je commence à y penser sérieusement. Bon, on en est encore loin, surtout que les difficultés commencent après la Croix Morand. Mais j’ai une bonne intuition, une sorte de prémonition que je vais aller au bout. C’est un peu gonflé d’avoir ce type de pensée et je m’oblige à rester concentré, humble. Je sais que je vais me prendre un coup de pompe à un moment ou à un autre. Faut juste que je m’y prépare…
Et voilà du goudron, à défaut de plumes ! Nous arrivons en vue du ravito de la Croix Morand. De son côté, le soleil se met à faire un peu la gueule, ou le timide, ce qui revient à peu près au même… Nous croisons quelques voitures, des spectateurs (rares) qui attendent le passage d’un proche.
C’est pas pour rien, mais ça fait quand même plaisir de croiser un peu de monde. Histoire de se dire qu’on avance, et matérialiser cette avancée par des ravito, ça fait du bien. Même si sur le ravito en question, je me contente d'un demi verre de coca et de refaire le plein du bidon. Ah non j’exagère. Y’a du sauciflard et de la tomme de vache. Purée ouais, c’est aussi pour ça que je cours des ultras ! Les gels express sous vide, très peu pour moi ! Pour la poche à eau, j’ai de quoi aller au bout donc je remercie tout le monde comme si je venais de recevoir un césar et je me remets en route. Faut dire que devant, on a une jolie bosse à absorber.
Pour tout spectateur, il faudra maintenant se contenter des vaches. Nous sommes au KM 41 et d’après ce que j’avais étudié sur le parcours, les choses sérieuses commencent. En même temps, c’est maintenant le plus sympa. Je suis apaisé. J’avais envie d’arriver ici sans avoir tapé dans les réserves, et pour l’instant c’est le cas. Moralement il se passe un truc indescriptible dans ma tête. Moi qui doute souvent, là je me sens à bloc, certain d’aller au bout, à condition que je passe les barrières horaires. Mais bon, j’ai de l’avance pour la première, ça va passer pour celle-là. C’est déjà ça de pris. Je veux pas m’emballer, je ne suis pas habitué à la confiance, j’ai toujours peur que ça devienne un manque d’humilité. Et l’ultra, on le sait tous; ça nous le fait payer tôt ou tard.
Alors je m’oxygène la tête comme une éclaircie décide de venir nous voir. Un lac au loin, du vallonné, y’a pas à dire, c’est quand même beau l’Auvergne, et je dis pas ça rien que pour ses fromages… Je pense aux organisateurs qui se mettent en quatre pour nous offrir une course pareille, et aussi à leur chance de courir toute l’année sur ce spot. M’enfin, je vais bientôt quitter le centre ville pour rejoindre les monts du Lyonnais, ça sera toujours ça de pris…
Je monte en compagnie d’un gars qui me propose plusieurs fois de passer. Mais ça va déjà bien assez vite. Je sens que je pourrais aller plus vite, mais je sais surtout que je le paierai tôt ou tard. Donc je reste sage et je profite de chaque instant. Je repense à mes 3 mois de début d’année foutue, de l’annulation de ma participation au Grand Raid Ventoux. Je savoure l’instant présent, je suis à 200% dans ce que je fais et ça fait un bien XXL à la tronche. J’ai tellement douté jusqu’au dernier moment de pouvoir être au départ…
Voilà quelques rondins de bois en guise d’escaliers qui cassent bien le rythme de notre progression. Heureusement ils ne durent pas, parce que bonjour le travail des mollets. Nous dépassons un père et son fils d’une dizaine d’années qui bougonne et pleurniche. Il ne veut pas monter plus loin et crache un chaperon d’injures à destination de son père. Je repense à mon enfance, pas spécialement sportive, et je me dis qu’il sait pas ce qu’il loupe ce môme. Si je pouvais remonter le temps, je n’attendrai pas mes 30 ans pour commencer à courir !
Trève de pensées à deux balles, nous voilà face à un passage mémorable et génial. Il s’agit de la succession de trois petites bosses : Puy de la Tache (1696m), Puy de Monne (1692m) et Puy de l’Angle (1738m). On distingue les coureurs qui nous précèdent sur la crète, et plus loin le sentier qui grimpe...
Dans les côtes, on marche et dans les descentes on court, à flanc de crêtes, au loin on aperçoit ceux qui nous devancent, ce qui permet de voir où l’on va. Et ça file une maxi patate parce que monter là haut, ça a l’air plutôt sympa. Et c’est parti pour une nouvelle séance de « run to the hills ». Je chante à tue tête du Iron Maiden sur les puy d’auvergne. C’est le pied !
Passage au Puy de l’angle, et c’est la descente vers le col de la Croix St Robert. Et ça c’est plutôt une bonne nouvelle parce que l’air de rien, on arrive à la 1ere barrière horaire ! Hop voilà, c’est fait, elle est là, cachée sur un tas d’herbe. Kilomètre 50... Matérialisée par rien, elle n’a pas l’air si terrible, et je la passe à 14h, avec pile poil une heure d’avance.
Maintenant, ce qui nous attend, c’est le pile ou face de l’histoire. Une montagne russe géante entre cet instant et la 2ème barrière horaire au Col de la Cabane au KM 62, juste avant le Puy de Sancy. Dis comme ça, ça ne fait pas grand chose. Mais il y a quand même 12 bornes dont la majorité se feront en montant, jusqu’aux 1824m du Puy de la Perdrix. Et puis le soleil a décidé qu’il en avait assez vu. Tout ce qu’on voit là où on doit se rendre, ce sont des nuages qui s’incrustent sur les sommets… Voilà qui promet pour le dernier tiers de course ! Je sens que c’est maintenant que les choses vont se jouer…
... Suite et Fin au prochain et dernier épisode...