Ultra Trail Sancy 2009 / God save the truffade - 1ère partie...

Publié le par Oslo

Vendredi 11 septembre

Je suis arrivé au Mont Dore en fin de journée, juste à temps pour récupérer mon dossard. L’hôtel donne sur le parc du Casino où se tiendra le départ le samedi… Pas de risque d’être en retard. En même temps, la ville n’est pas Los Angeles, on a vite fait le tour. Tout autour, on devine les sommets de la chaine des Puy qui domine la bourgade. Dommage que la nuit tombe déjà, j’aurais bien aimé voir tout ça de jour.  

 

 

La météo n’est pas mal. L’ambiance de veille de course est bien là : des arches gonflables, de la pub Salomon (challenge Salomon oblige) et partout des gars avec des XT Wings aux pieds. Incroyable ce que cette pompe a du succès, même avant de courir, on en voit partout… Les organisateurs qui me remettent le dossard sont accueillants, souriants et cools. Vraiment sympas. Ils conseillent de se couvrir pour le lendemain, malgré le beau temps annoncé car là-haut, sur les crêtes, ça va pas être pareil…

Je vais poser mes affaires à l’hôtel et j’en profite pour m’étaler dans la chambre exiguë.

   

 

Petit tour dans la cité, à la recherche d’un endroit pour manger. Demain matin le réveil est programmé à 4h30 alors je ne veux pas trop tarder avant d’aller me coucher. Donc, je fais comme les petits vieux, et il est 19h50 quand je pars à la quête d’un endroit où manger un bout. Je passe devant une pizzeria, une crêperie, je lis les menus… Bof… Nouvelle crêperie, juste derrière l’hôtel, en direction des thermes. Je vois marqué « Truffade » au moment où un couple de coureurs déchiffre le menu à mes côtés. La femme, sage, souffle à son mari qu’ils feraient mieux d’aller à la pizzeria pour y manger des pâtes. Ouais, mais moi je ne suis pas venu ici pour manger des pâtes. Alors je dis banco et je pousse la porte du resto. Une truffade et une Pelforth brune plus tard, direction l’hôtel. Il est temps de préparer le sac pour demain. A défaut de frigo dans la chambre, je dépose 2 petites bouteilles de jus d’orange sur le rebord de la fenêtre…  

 

 

Samedi 12 septembre

4h00 premier réveil naturel. La crainte de manquer le départ… Finalement je me rendors et à 4h37 le vrai réveil (j’ai toujours aimé les comptes pas ronds).

Après la douche, il est temps de manger un bout. J’ai prévu simple, quatre quart et barre de céréales. Les deux bouteilles de jus d’orange sont fraiches comme si elles sortaient du frigo. Dehors, la température est vraiment basse à 5h et je referme vite la fenêtre. Je sors les manchettes Raidlight : je partirai avec.

6h30 : j’arrive sur le départ, prêt à en découdre. Pour ne pas céder à l’agitation fébrile des concurrents qui piétinent d’impatience, je pars m’isoler à l’écart, et je m’étends sur un banc.  Je n’ai pas très chaud, surtout aux jambes (j’ai adopté le cuissard). Pour faire comme les pros, je me concentre et fais le vide. Je repense à ma prépa avec inquiétude (comme souvent). A tous ces petits bobos qui m’ont pourri le mois d’août et qui ont tronqué mon entrainement. Et puis y’a ce tendon d’Achille qui me tiraille depuis 10 jours et qui m’inquiète. A vrai dire, je me demande combien de temps je vais pouvoir courir. Je m’imagine devoir rendre mon dossard avant même le 1er ravito… Avoir fait ce chemin, avoir laissé femme et enfants à Lyon, avoir posé une journée de congés… Stop aux pensées négatives ! Ouf, un gentil organisateur passe par là et viens me parler de la météo. Cela me sort des idées noires et me fait du bien.

7h00 : pas le temps de tergiverser, on nous rassemble pour le départ.

 

 

Quelques mots d’encouragement des organisateurs et les fauves sont lâchés sous les applaudissements des spectateurs (des participants du 34 km qui part à 9h30) et à nos pieds, ambiance garantie avec fumigènes verts et rouges comme en Italie et la musique des Templiers. En fait, la musique qui aurait bien collé à cette course (mais je ne le savais pas encore) ça aurait plutôt été « Run to the hills » par Iron Maiden. Je me suis surpris à la fredonner plusieurs fois dans les heures qui ont suivi (au grand amusement de certains de mes compagnons de route…)  

 

 

Le départ est rapide. Les gars partent comme des flèches, c’est dingue. Et dire qu’on est parti pour 70 bornes comme ça, j’hallucine. De mon côté je pars cool de chez cool. Déjà que je pars toujours tranquille, mes doutes sur la tenue de mon tendon d’Achille me font ralentir davantage encore. Après la ligne droite et un virage nous sortons du Mont Dore pour aborder une grimpette goudronnée qui se transforme très vite en chemin. Je me retourne : à peine 20 concurrents derrière moi.  

 

 

Le sentier passe sous les arbres, c’est un départ gentil pour se mettre en jambes, ça monte en lacets. J’en vois déjà qui se mettent à couper. Je ne comprends pas bien l’intérêt mais bon, j’imagine que chacun fait ce qu’il lui plait hein… Nous marchons. Nous, c’est le groupe des poireaux qui squatte l’arrière du peloton. Pas le gruppetto non, c’est encore trop tôt, mais plutôt les plus encrassés des diesels.

Après un petit panorama sur le Mont Dore sous nos pieds, nous quittons la forêt pour nous enfoncer sur un sentier large et roulant. Au fond à droite c’est le Puy Loup qui s’élève à 1481m et c’est là que nous allons pour commencer…  

 

 

Je fais des photos, en pensant à Mic31 et aux copains qui m’en ont réclamé. Je me sens bien, je bois toutes les 10 minutes, les jambes répondent et le talon d’Achille chauffe gentiment. Je marche dès que ça grimpe, discute un peu et surtout je fais gaffe à pas trop taper dans les réserves. Je m’arrête assez régulièrement pour profiter du paysage. Le lever du soleil au-dessus du Mont-Dore, moi en train de courir, c’est une sacrée chance que j’aie et j’ai envie de la faire durer.  

 

 

Nous courons depuis une dizaine de km environ. Pour l’instant ça va. Je me dis que je vise le 1er ravito qui est au 25ème kilomètre et que j’aviserai de la suite en fonction de l’état du bonhomme. Pour l’instant je profite du paysage, et j’attaque une barre Chocolat Spiruline (vraiment excellente d’ailleurs, même si ça vaut pas une bonne truffade mais c’est plus pratique à emporter…) Sur le profil j’ai vu qu’on allait attaquer la première ascension de ce trail… Et c’est parti !

 


Ascension de la banne d’Ordanche, on monte doucement, c’est une mise en jambes mais prudent, je préfère marcher. Je pense aux premiers qui ont du passer là depuis un moment à toute vitesse… En fait, on a du bol d’être un poireau. Parce que comme on se traine grave, on a tout le loisir pour admirer les environs…

Je pense à mon talon d’Achille qui tient le coup, et je me dis que si ça continue comme ça, ça sera pas dommage.

 

 

La grimpette vers Ordanche est longue mais pas vraiment difficile. On peut marcher à un bon rythme et avancer. Mais ça serait dommage d’aller trop vite parce qu’on pourrait louper des points de vue vraiment sympas. Encore un effort et on y arrive, tout en haut de cette forêt dans laquelle nous avons pénétré quelques temps plus tôt.  

 

Le temps, justement, est plutôt agréable. J’ai retiré mes manchettes depuis un moment maintenant mais je garde buff et coupe vent sur moi, c’est mon naturel frileux qui s’exprime…

A la sortie du bois, il n’y a pas de loup, mais une hésitation sur la suite du parcours. En fait c’est un coureur qui m’induit en erreur. Je le vois grimper à travers champ et j’entends des gars s’appeler de l’autre côté d’une colline. Je me dis que ça doit être par là... 
 

 

Pourtant y’a un truc qui me chiffonne. Je ne vois aucune rubalise, aucune flèche cartonnée, bref, aucun indice laissant à penser que je suis sur le bon chemin. Finalement je me retrouve sur un chemin et là je suis bien embêté : à gauche ou à droite ? Un couple de coureurs me rejoint par la droite du sentier. Ils me disent que de là où ils viennent, c’est pas bon. Ils me disent aussi qu’ils ont vu plusieurs dizaines de coureurs couper à travers les collines. On court un peu sur ce chemin et en contrebas on aperçoit des rubalises. En fait j’ai été trop impatient, l’itinéraire était bien tracé. Au final on n’a pas gagné de temps, j’ai du en perdre un peu mais l’essentiel est d’être sur le bon chemin. Surtout qu’en plus y’a des vaches et juste derrière là où on va, le Puy Loup.

 

 

Un petit groupe de coureurs nous a rejoints, et nous avançons à un bon rythme (plus de 11 km/h) sur un sentier roulant. On papote, on papote et on fait pas gaffe, ça va un poil vite pour moi donc je me remets à mon rythme perso et je les laisse s’éloigner. Je récupère un coureur slovène avec qui je discute un peu en anglais parce qu’il ne comprend pas le français. Il m’explique qu’il était au Mont Blanc fin août, et j’hallucine… J’ai pas bien compris s’il avait fait l’UTMB ou s’il avait fait de la rando sur plusieurs jours… Mais comme ça monte à ce moment là, j’économise mes mots. Il me demande si le tempo est bon. J’ai envie de lui répondre que pour moi, le bon tempo c’est passer les barrières horaires, point. Et que pour l’instant je sais pas du tout si ça va être suffisant parce que je suis à l’économie. Mais comme j’ai pas envie de dire tout ça parce que ça m’essouffle, je me contente de dire qu’on ne rentrera pas dans le top 10…  
 

 

Je continue ma route et me retrouve seul à nouveau. En fait ça me gêne pas tant que ça, parce que tout là haut, on aperçoit quelques silhouettes progresser vers le Puy Loup. C’est superbe. Et finalement on se retrouve vite au bas de la montée.

 

 

C’est donc parti pour une petite séance de grimpette. « Que c’est beau ! » Plusieurs fois je vais lâcher ces mots à voix haute, ravi comme un gosse d’être ici. Faut dire que j’en reviens pas mais le tendon d’Achille me fout une paix royale. Je me sens bien, reposé, frais… Nous approchons doucement des 20 kilomètres et tout va bien.

 

 

Petit autoportrait pour juger de l’état du bonhomme quand tout ça sera terminé… Je poursuis ma progression en marchant, doucement mais sûrement, la température est idéale, il y a du ciel bleu, des vaches et des coureurs, tout va bien quoi ! Et hop, arrivée en haut du Puy Loup et de ses 1481 mètres, je me retourne pour voir ce qu’on a fait.

 

 

Je bascule de l’autre côté du Puy Loup, et là je constate deux choses qui me plaisent : le revêtement est super confortable et en plus c’est à peu près plat donc on peut courir. Le 20ème kilomètre se rapproche à toutes jambes (enfin, c’est vite dit…). Devant moi un coureur en point de mire me permet de voir où on va. Je me sens bien, et je suis heureux alors je chante « Run to the hills » parce que vraiment, c’est à ça que je pense là…

 

 

Nous avons dépassé les 20 kms et il faut à présent redescendre un peu pour converger doucement vers le premier ravito installé au KM 25, au col du Guéry. C’est l’occasion de descendre en courant les collines qui me rappellent par moments les tourbières des Highlands écossais.

 

 

Mais il n’y a pas que ces collines vertes et pleines de vaches en Auvergne. Oh non, il y a aussi des petits sentiers colorés où il fait bon courir sur un tapis mou et douillet qui ménage les tendons et apaise l’âme du coureur voyageur.

 

 

KM 25 : le premier ravito arrive. Je me pose cinq minutes. Je jette quelques emballages de barres de céréales, refait le niveau de mon camel (pas beaucoup bu d’ailleurs). Je jette deux verres de coca dans mon porte bidon que je complète avec de l’eau pour couper l’effet bulles. J’en profite aussi pour grignoter une demi-banane et manger quelques noix de cajou. Quelques mots avec les organisateurs, d’autres coureurs… Pour l’instant tout va bien. Je suis un peu surpris d’être aussi frais et surtout en paix avec mon pote Achille. Alors je vire mes pompes, les nettoie bien consciencieusement, les vide de toutes brindilles et autres gravillons. Et puis il faut repartir… Parce que bon, l’air de rien, il reste encore 25 kilomètres avant la première barrière horaire…

...... à suivre !

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Publié dans Compte Rendu de course

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Commenter cet article
A
Il est super bien ce maillot salomon. C’était le même pour le Nivolet. Il est suffisamment couvrant au niveau du cou pour être porté avec un sac à dos.<br /> J’ai bien aimé l’autoportrait : dit donc, t’avais l'air d'avoir sommeil ? :lol:
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P
Merci a ce traileur qui par son magnifique récit et ses photos,m'a rappelé combien je me suis régalé également sur ce parcours, méme si je n'étais pas sur le 70 km. Bravo pour votre courage. Sportivement. Nad
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B
Rahh, la fibre auvergnate ressort, c'est beauuuuu :)<br /> <br /> Tout se passe super bien pour toi, on ressent le gros plaisir d'un départ en negative spilt. Bon on va lire la suite :)
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M
Salut,<br /> Bon j'avais déjà écrit un commentaire cette aprem, mais il s'est perdu dans les méandres du net...<br /> Merci de m'avoir cité ;-), ça fait longtemps que j'ai envie de faire ce trail et pour le moment ton récit et tes photos vont dans ce sens.Il manque juste une photo de la fameuse truffade.<br /> J'attends la suite, finisher j'espère, sur fond de Maiden. bien sûr.
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O
la suite demain :)<br /> pour le terme "poireau" j'aime bien, c'est l'héritage de la moto, et ça veut bien dire ce que ça veut dire : on pète pas plus haut que notre cul, on a conscience d'être mauvais mais on s'en fout, on se fait plaisir :)
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