Marvejols Mende
Le week-end du Marvejols-Mende commence ce samedi 19 juillet à 7h00 pile poil. La petite est dans son siège auto, prête à continuer une nuit plus courte que d’habitude. Le lit parapluie et la poussette sont dans le coffre avec les sacs pour madame et moi et mon sac de sport. Allez, on décolle sans plus attendre. Il faut éviter les bouchons des vacanciers qui partent dans le Sud. A la sortie de Lyon ça roule déjà beaucoup et dès les premiers ralentissements en amont de Vienne, nous bifurquons direction St Etienne. A partir de là, personne. 3heures de route plus tard, arrivée à Mende.
Le samedi le temps est superbe sur Mende. Nous retrouvons mon frère qui habite ici et avec qui je vais courir le lendemain. Ensemble nous commençons notre préparation physique : double apéro en terrasse avec un bon morceau de Laguiole (le fromage) coupé au Laguiole (le couteau) pour faire glisser les bières. Du bar, nous avons une vue imprenable sur la place du Foirail pile en face, là où sera jugée l’arrivée des 22,4 km de demain.

Après un déjeuner raisonnable (salade omelette) il est temps de faire du tourisme. Promenades dans Mende, au-dessus du Lot. Je profite des soldes du magasin de sport qui liquide son stock avant de fermer. Je ressors du magasin avec du matos de trail : cuissard Raid Light, maillot Raid Light, manchettes Raid Light et porte bidons…North Face. Chacun des articles étant à -30% c’est appréciable. En fait je cherchais depuis un moment ce type d’articles pour éviter de partir avec le camel sur des trails courts de 3 ou 4 heures. Là, il y a des poches extérieures avec filet sur le cuissard et le maillot, plus pas mal de place encore dans la poche du porte bidons. C’est nickel.
Dans l’après midi nous allons retirer nos dossards sur la place du foirail, tout roule bien, on sent que l’organisation est bien rôdée depuis 1973… Faut juste faire gaffe à pas perdre la puce qui sera fixée sur les godasses.
En fin de journée, nouvelle séance d’entrainement fractionné sur le zinc du bar et nouvelle tournée d’apéro avec les copains du frangin. Ensuite repas à l’hôtel et je reste raisonnable (fruits de mer en entrée, médaillon de lotte) mais comme je suis pas moine, je m’offre un bon morceau de roquefort et un dessert glacé, faut pas déconner non plus !
22h : au lit, demain y’a course !
La nuit ne va pas être de tout repos. Je commence par me bloquer le dos en enjambant le lit parapluie où dort ma fille, tout ça pour atteindre la douche… Le nerf sciatique qui me faisait tant de misères il y a quelques années refait des siennes… Je peux à peine tendre la jambe… Génial ! Comme je suis d’un naturel pessimiste, je fais toujours suivre les seuls médocs qui pouvaient me remettre debout à l’époque où je me bloquais 2 ou 3 fois par an. Je prends 2 cachetons et je me couche, des douleurs électriques dans le dos qui irradient jusqu’à l’arrière du genou.

Dimanche 20 juillet
La nuit a été longue. Très mal dormi, trop chaud, trop mal au dos et trop mal au bide à cause des cachetons. Le bon côté c’est que je n’ai plus du tout mal au dos. Le mauvais côté c’est que je suis en vrac.
Il est 7h00 je descends déjeuner. La majorité des concurrents au Marvejols Mende est déjà passée dans la salle du petit déj. Les navettes partaient tôt pour Marvejols ce matin.
P’tit déj frugal puis je rejoins mon frangin chez lui et nous mettons le cap sur Marvejols. J’hésite à prendre ma ceinture porte bidon gagnée lors du trail du Plateau le 1er mai. Elle est malcommode mais je peux ranger l’appareil photo, de quoi manger et un bidon de 600 ml. Finalement je la laisse dans la voiture, décidant de partir léger.
Après un mini échauffement de 10 minutes nous arrivons sur la ligne, euh pardon, sur la troupe de départ. Il y a du monde partout, c’est dingue. Les dossards rapides sont devant le filet de séparation, tous les autres derrière. Mon frangin a l’objectif de faire mieux qu’il y a 11 ans lors de sa dernière participation à la classique (il l’avait courue en 1h58). Il s’est un peu entrainé ces dernières semaines et malgré ses 7 kilos et 11 ans de plus, il espère y parvenir. De mon côté je ne suis pas très rassuré. Je n’ai pas d’objectif chrono sur cette course, je viens avant tout pour me faire plaisir et passer un week-end en famille dans une région que j’aime. Mais justement sans objectif, j’ai enchainé des semaines d’entrainement pas forcément très bien construites. J’ai surtout cherché à me faire plaisir, finalement c’est bien là l’essentiel. Mais la contrepartie du truc est que je suis un peu crevé, le mardi précédant la course je faisais encore une sortie trail de 24,5 km et 1000m D+ qui a laissé des traces. Je l’ai senti dès le départ. Le départ ? Ben oui, c’est parti il est 9h00 !
Dès les premiers mètres, je comprends qu’on s’est placé comme des quiches sur le départ. Devant nous ça rame, ça n’avance pas. Ils ont élargi le pont de Marvejols mais ça ralentit vraiment. Il y a trop de monde, pas assez de place sur ces premières centaines de mètres. On boucle le 1er kilomètre en 8 minutes, c’est lamentable. Mon frangin part plus vite que moi. Je vérifie mon cardio, je monte assez vite dans les tours, c’est pas bon signe. Je décide de doubler ceux qui lambinent par la droite. Au 3ème kilo, je n’en peux plus, faut que je fasse la vidange. Je dis à mon frère de continuer en restant sur la partie droite de la route. Un petit pipi plus tard, c’est reparti. Je hausse le rythme et redouble pas mal de concurrents avant de rejoindre mon frère. Au 5ème kilo, ça commence à se clairsemer dans le peloton et ça va bien pour courir tranquillement. Les premiers doivent déjà être en train d’attaquer la seconde côte, voilà ce que je me dis à cet instant. Je me retourne quand même pour me donner du courage : il en y a un paquet derrière aussi, quand même…

Allez, après ce faux plat montant en sortie de Marvejols, c’est le premier moment fort de cette course, la mythique montée du Goudard. Je pose mes pieds sur l’inscription légendaire qui fait partie des images fortes de cette course : « Ici commence l’enfer ». C’est 5 bornes d’ascension à plus de 10% sur du goudron dur comme un noyau de pêche. Je chope une mini bouteille d’eau au ravito et à partir de là je prends mon rythme. C’est trop difficile de courir avec le frangin, de toute façon on attaque la partie costaude, on va pas pouvoir beaucoup discuter. D’ailleurs y’a personne qui tchatche là. Dès le bas de la pente, des gars se mettent à marcher devant moi. Je vais galérer pendant 5 bornes, pas forcément pour monter mais pour doubler ceux qui marchent. Plusieurs fois je dois passer dans le bas côté, me tordre les chevilles pour passer… Je perds beaucoup d’énergie là-dedans. Je vais le payer dans les 500 derniers mètres de l’ascension. Après le faut plat (Goudard est à 960m mais le sommet est à 1023m) je dois marcher pendant 150 mètres pour reprendre mon souffle car mon cardio s’affole. Dès que la pente redevient normale je reprends le rythme course à pied. La descente qui suit est terrible. Je laisse parler mes cuisses qui sortent de plusieurs mois d’entrainement typé trail. Je descends à toute vapeur, personne ne me doublera entre le 10ème et le 16ème kilo. Faut relativiser : les gars de mon niveau sont mieux partis, ils sont devant… Je descends à fond, et je me sens étonnamment bien. Pour amortir l’impact de la foulée, je cours dans le bas côté dès que je peux et ça fait du bien. Mes NB 826 qui n’ont que 40 bornes dans les semelles répondent bien, je suis content de mes soldes de juin.
14 ème kilo : fin des 4 kms de descente, c’est un nouveau faux plat montant qui débute. Soudain un coup de tonnerre déchire le ciel et deux minutes après ce sont des trombes d’eau qui nous tombent dessus. Les photographes motards s’arrêtent à la hâte sous un arbre pour passer les combinaisons de pluie. Je me dis que j’ai bien fait de pas emporter ma ceinture porte bidon avec l’appareil photo parce que là il serait mort. Je suis trempé jusqu’au trognon mais ça va bien. Je commence à me dire que mon genou droit avec sa tendinite du TFL ne va pas apprécier la descente que je viens de m’enfiler mais trop tard, tant pis, on verra bien… La seconde ascension débute, la montée de Chabrits est velue. Ceux qui ont trop tapé dans leurs réserves à Goudard le payent cash. Je monte à mon train, m’aspergeant d’eau de façon régulière grâce aux nombreuses mini bouteilles fournies aux ravito surnuméraires (j’ai jamais vu autant de ravito dans une course !). Dans la côté, deux ou trois gars vont me doubler, je prends la roue du dernier que je repasserai à Chabannes avant un petit flottement.
Je m’alimente en piochant un abricot sec de temps en temps. Nous sommes au 18ème kilo et j’ai un moment dur. A la recherche d’un second souffle… Une demi-douzaine de gars va me passer entre le 18ème et le 19ème. Faut dire que mon genou droit commence à se raidir et à faire son timide. Le problème c’est ce qui nous attend maintenant : plus de 3 bornes de folle descente jusqu’au rond point des casernes avant une dernière montée jusqu’à la place du foirail. En temps normal, peanuts mais là ce dernier faux plat montant faut s’en méfier. Pour l’instant je suis dans la descente sur Mende. J’ai depuis longtemps abandonné tout espoir caché de chrono. Sans référence, sans expérience ni connaissance du tracé, j’essaye juste d’avoir une foulée légère et de me décontracter. Je n’ai pas beaucoup pensé à compenser mes appuis déséquilibrés qui sont la source de la tendinite de mon TFL sur le genou droit. Et je le paye cher. J’ai horriblement mal au genou à partir du 19ème kilo, c’est un enfer. Je grimace et je me sens grimacer. Je suis dégoûté car sinon tout va bien, je me sentirai bien pousser une nouvelle accélération mais je ne peux tout simplement pas. Je sais que ce sont les descentes qui font le plus mal dans mon cas et je serre les dents en regardant défiler les mètres sur mon F305. Purée que ça fait mal. Et l’orage qui menace d’en remettre une couche… Là c’est le mental qui me fait avancer, et j’avance car je double pas mal de monde. C’est long cette descente ! La ligne droite n’en finit plus.
Je vois le panneau du 21ème kilo, puis je vois sur l’écran de mon cardio 21,4 kms… Plus que 1000 mètres (je pense en mètres pour m’aider à avancer) et j’aborde le faux plat montant avec bonheur. Ca tire dans le genou mais la douleur est plus supportable que dans l’interminable descente. Dans Mende, il y a un monde fou malgré la pluie. Les gens sont massés de part et d’autre du petit couloir qu’il nous reste pour atteindre la ligne d’arrivée. On se croirait dans une étape du tour de France. C’est dingue. Les encouragements de la foule me portent même si je sais qu’aucun ne m’est directement adressé. Avec la météo pourrie, je sais que madame sera restée au chaud avec la petite. Je finis le dernier kilo en donnant tout ce que je peux, je dépasse encore et puis c’est l’arrivée. Je m’arrête en poussant un grand ouf de soulagement, mon genou droit à l’agonie. Ma montre indique 1h53 et des brouettes. Les bénévoles récupèrent les puces, puis on nous distribue le tee shirt, la médaille et surtout la bouteille d’eau pétillante que je bois en 20 minutes. L’orage qui menaçait éclate. J’attends mon frangin en me mettant à l’abri de la flotte parce que c’est pas chaud ce qui nous tombe sur la couenne. Il arrive en 2h02, content d’en finir, il a souffert de cette dernière descente mais comme il dit : « voilà c’est fait, j’en refais une dans 11 ans et puis c’est terminé ». Nos classements respectifs seront : 738 et 1191 sur 3583 arrivants. Le vainqueur, Nicholas Kiprono frôle le record de l’épreuve avec 1h11’26’’ et le dernier boucle le parcours en 3h55.
Le restant de la journée va se conjuguer en douche réparatrice (quel bonheur !) et surtout en fractionnés apéritifs, promenades digestives et le soir repas pas du tout light à base d’aligot, de magret de canard au miel et au fromage de chèvre et de vin rouge… Faut bien décompresser ! Retour sur Lyon dès 6h30 le lundi matin.
Voilà, je pourrais dire que j’ai fais cette grande classique de la course sur route. Dommage que mon genou ait fait des siennes, je crois que le dénivelé négatif de Goudard lui a fait vraiment mal… Mes quadriceps sont bien en feu au lendemain de la course mais le moral est bon. Je vais prendre une semaine de repos avant de reprendre les chemins d’entrainement. Pour soulager mon genou et sa tendinite du TFL je vais toutefois veiller à supprimer toute séance de dénivelé pendant les 2 prochains mois. Comme ma prochaine course doit être un marathon fin septembre, ça tombe bien.