Partager l'article ! 38 km de cabornes, ça use les souliers: Au début de l’année, juste après les traditionnels excès de table des fêtes, il a fallu cogiter s ...
Au début de l’année, juste après les traditionnels excès de table des fêtes, il a fallu cogiter sur le plan d’entrainement pour la 6666 Occitane. Et trouver quelques courses de préparation à intercaler entre deux sorties longues, une dose de seuil, une louche de fartleck et un week-end choc. Bref, pas évident l’exercice, surtout quand on fait un peu au feeling… Pourtant, le trail des Cabornis m’a attiré dès le départ. Pourquoi ? Peut être parce que le départ de Chasselay cette année mettait un dossard à moins de 20’ de la maison ? Mais surtout parce que le Trail des Cabornis présente en règle générale un profil assez exigeant et donc, intéressant. Et puis faut dire aussi qu’en mars 2008 je découvrais le trail à l’occasion des 34 kms de ce parcours. C’était beau, c’était dur, je ne me pensais pas capable d’aller au bout, et pourtant j’y étais arrivé et j’en avais eu des frissons.
Cette année, les Cabornis tombent un dimanche de tournoi des 6 nations ; pas simple à gérer :o)) Ajoutez-y les élections et vous aurez un dimanche millimétré en terme de timing.
Il est 8h00 quand je quitte la maison, laissant ma fille aînée de 2 ans devant ses tartines et son chocolat au lait. Le petit dernier est encore au lit, c’est une sacrée faignasse mais je ne lui en veux pas, il a de qui tenir !
En arrivant à Chasselay je tombe pile poil direct sur Arthur et Biscotte en pleins préparatifs. Il y a une place juste à côté donc je me gare près d’eux. Comme d’habitude, Arthur est déjà prêt depuis 4h du matin, Biscotte est à son rythme, serein ; et comme Taz n’est pas là, pas de risque d’un coup de speed pour être au départ à l’heure :o))
Après un tour de passe passe avec les clés de ma voiture que je vais chercher pendant 5 bonnes minutes avant de les voir sur la serrure de la malle, je suis prêt moi aussi, mon dossard sur le poitrail. A propos de dossard, Biscotte nous narre cette navrante aventure (ça en fait des N) au sujet de son dossard qu’un étourdi a pris à sa place la veille. Nous décidons d’un commun accord de venger l’affront, de retrouver le malotru et de le brûler sur la place publique de Chasselay, des lacets de Salomon XT Wings passés dans ses narines. Oui je sais c’est dur, mais « dura lex sed lex » !
Nous nous élançons ensuite en petites foulées pour rejoindre l’aire d’arrivée. En grand professionnel, Arthur veut reconnaître le futur lieu de son légendaire sprint qu’il placera à l’arrivée dans quelques heures. C’est très pro, on reconnait bien là le monsieur, soucieux du moindre détail. Pour ma part, je vais reconnaître un mur très accueillant pour y alléger ma vessie, bientôt rejoint par mes acolytes.
Pas beaucoup d’échauffement et pourtant la température est vraiment peu amicale. J’ai adopté pour le collant long sans même me poser la question alors que Biscotte fait carrément péter le short, et qu’Arthur a choisi l’intermédiaire. J’enfile les sous gants en soie que j’avais au préalable remisés au fond du camel. Et je prends soin de remettre les mitaines de VTT par-dessus. Je me suis déjà pris une belle gamelle ce mercredi lors d’une sortie fartleck, et j’ai encore un joli bleue sur la paume gauche.
Comme l’heure de départ approche, il est temps de converger vers l’arche gonflable aux couleurs du sponsor. C’est marrant, chaque fois que je vois une arche de départ gonflable, je pense à Omer Simpson qui bouffe des donuts…
Bon allez, petit speech des organisateurs, coucou à la caméra de TLM et 4,3,2,1 on est parti. Dès les premiers mètres, on est un peu tassés par l’étroitesse des rues mais très vite nous arrivons sur la route large et puis c’est parti pour un petit chemin qui monte gentiment, histoire d’étirer le peloton. Un chien blanc me dépasse, suivi d’un coureur en mode canicross. Biscotte, Arthur et moi-même courons de front ou presque. Pas forcément facile de courir ensemble avec tous les concurrents du 20 et du 40 km ensemble. Mais bon, c’est l’affaire de quelques kilomètres.
J’essaye de me mettre à mon rythme, c'est-à-dire pas trop vite mais pas trop lent non plus. Je suis venu ici pour faire ma sortie longue de la semaine mais quitte à payer les frais d’inscription, je veux aussi me cracher dans les pognes et aller un peu plus vite que sur une simple sortie longue en solo. Je dépasse donc quelques coureurs mais dans l’ensemble je me fais beaucoup plus doubler. Pas facile du tout de trouver le bon rythme mais après quelques centaines de mètres, j’y suis. Arthur et Biscotte suivent derrière mais on n’a pas du tout les mêmes volumes ni les mêmes types d’entrainement, je ne compte donc pas les attendre. Tout comme si je prenais le départ d’un 10 ou d’un semi ce dimanche, ils mettraient les voiles dès le départ et je ne verrais que la poussière soulevée par leurs chaussures dans le matin rougeoyant (purée c’est beau :o))
Les premiers kilomètres de ce trail sont peu intéressants. Nous montons gentiment, le sol est stable, pas de technique, c’est roulant et le but est de casser le peloton pour étirer tout ce joli monde. Dans le genre, c’est efficace. Je continue à mon train, me retourne et je ne vois plus Biscotte ni Arthur. Je décide de poursuivre mon effort dans l’optique de l’entrainement à l’Occitane : profiter des grimpettes pour faire de la marche rapide, profiter des descentes pour me lâcher et travailler l’improvisation et les appuis, profiter des plats pour récupérer, rouler ou relancer selon l’état du bonhomme).
Le premier ravito du 10ème kilomètre arrive très vite. Je n’ai pas prévu de m’y arrêter donc je continue et ça tombe bien car on arrive aux abords d’un passage sympa qui plonge dans une forêt. Je constate que les sorties fartleck à 4h du matin à la frontale sont bénéfiques. J’ai bien progressé en descente et double des poignées de concurrents tout en étant relâché. En fait j'ai repéré un vieux copain de moto qui est à 100m devant moi, et j'aimerai le rattraper pour cause un peu. Passage à la barrière horaire du km12 en 1h15, Pierre bascule sur le parcours du 20km, damned ! Bon je continue vers le parcours du 40 km après une demi-seconde d’hésitation. Je sens que ce n’est pas la super grande forme et que je vais trouver le temps long. La faute à une semaine d’entrainement bien chargée ; j’ai déjà couru 90 kms et 2000m de D+ avant de prendre le départ de ce trail. Et ça va se sentir à un moment, je le sais ! Comme disent les mémés après un trop bel automne : "on va le payer ce beau temps!". Elles sont comme ça les mémés...
Le parcours continue et emprunte des sentiers connus mais dans un ordre différent de ce que j’ai l’habitude de faire, ou plutôt de ce que j’avais l’habitude de faire. Depuis mon déménagement dans les monts du Lyonnais, je n’étais plus revenu courir dans les monts d’or. En août 2009, j’avais fais ici même mes dernières sorties longues de préparation pour l’ultra trail du Sancy. Et depuis, plus rien. C’est d’ailleurs bien dommage et un grand tort car il y a des sentiers vraiment superbes, techniques, exigeants. Je reviendrai plus souvent.
Jusqu’au second ravitaillement du km20, le profil en dent de scie est globalement descendant, mais plutôt roulant. Mais après, les choses se corsent. Et bien sûr, c’est là que je vais manger mon pain noir (les mémés avaient raison !).
Je m’arrête 30 secondes au ravito du km20, le temps de retirer mon camel et d’aviser : il me reste encore beaucoup d’eau donc je repars.
Le profil de la course va se durcir et mes jambes qui ont déjà les 90 kms de la semaine ne vont pas apprécier. En même temps je m’en doutais un peu et j’étais aussi venu pour ça. Non, c’est pas
du masochisme, c’est juste de la préparation mentale. Les 23 et 24 avril prochains, je sais que je vais avoir des moments durs pendant l’Occitane, alors autant s’y préparer aussi, en piochant de
temps en temps. Cette fois-ci je vais piocher pendant près de 10 km. Du 21ème au 31ème ça va être vraiment dur.

Mes cuisses brulent un peu, mon dos tire. Dans les côtes j’adopte une marche qui n’est plus si rapide que cela, dans les descentes ça va à peu
près et sur le plat, je n’arrive pas à relancer. Je manque cruellement de jus, plus rien dans le moteur! Et pour couronner le tout, je suis seul. C’est assez étrange d’ailleurs, cette sensation,
de ne voir personne devant soi pendant près de 10 bornes. En fait ça va durer un peu moins. Un gars équipé d’un buff aux couleurs des Templiers va me passer dans un secteur superbe à flanc de
rochers, à pic et sauvage comme on aime. Lui et moi on fait le yo-yo depuis la grimpette velue sur le Mont Thou. Mais le gars a des cannes, ça se voit tout de suite. Il a un mot sympa quand je me
pousse pour le laisser passer. Et on repart.
J’essaye de me mettre dans son sillage mais le poisson est trop costaud pour moi alors je laisse filer. Je vais serrer les dents et attendre que ça passe. Le genre de sentiments qu’on connait bien… en ultra. Et même si là on n’est pas sur de l’ultra, on sait qu’en règle générale, la forme revient un peu après. Je pense à l’Occitane, je me projette mentalement dans 6 semaines, m’imaginant à l’agonie quelque part dans le Caroux mais continuant à avancer, coûte que coûte. Bon j’exagère, là je ne suis pas à l’agonie mais bon, c’est pas la forme !
Arrive le 3ème et dernier ravito, celui du km30 où je vais m’arrêter quelques minutes, histoire de boire un verre de coca. J’en
rêvais depuis un moment de ce fameux sirop loupé, ça fait du bien ! Et puis déjà il faut repartir. Comme je l’avais espéré, le moment dur va passer et ma traversée du désert va prendre fin
avec la descente sur Poleymieux et la remontée dans les escaliers retors qui suivent. Ceux qui vous bousillent bien les mollets, qui vous chauffent gentiment les cuissots… Mais là, ça va. J’ai
retrouvé un peu de pêche. Oh, ce n’est toutefois pas la grande forme.

Pour tout dire, j’ai hâte d’en finir, je n’ai plus beaucoup de jus dans la machine et j’espère que les 40 km annoncés n’y seront pas tout à fait. Je monte à mon rythme, je rattrape des gars, en dépasse. Je sais qu’il ne reste plus qu’une ascension et après c’est la grande descente sur Chasselay. Nous nous rapprochons des antennes et je monte en marchant, en essayant de garder un peu de vitesse. Derrière moi j’entends courir. Je me retourne et je vois un gars en coupe vent jaune pétard et écouteurs sur les oreilles. Je me range sur le côté, il a la patate le garçon.

Un peu plus haut, nous basculons enfin de l’autre côté du versant. Dans une grande descente je me lâche à nouveau, bien satisfait de voir que
je suis capable de descendre relativement vite tout en restant souple. Il y a deux ans, à peu près au même moment de la course, je ne pouvais plus courir dans les descentes tellement mon corps me
faisait souffrir. Là, je n’ai pas de douleur, juste une grande fatigue ; l’impression de trainer des boulets à chaque cheville et d’avoir un gars accroché sur mon dos. Mais je me force à
relancer un peu.

J’ai remarqué que depuis le ravito du KM20, seuls deux concurrents m’ont dépassé, et à l’inverse, j’en ai doublé six ou sept. Je regarde ma montre, je ne sais pas combien il reste de kilomètres encore. Je suis partagé entre l’envie d’envoyer la sauce et la sagesse de me retenir. Je vais finalement adopter une tactique molle : rapide dans les descentes et cool sur le plat. Je remarque d’ailleurs qu’à la faveur d’une dernière descente velue avec corde sur le côté, je remonte à toute vitesse sur le coupe vent jaune pétard. Mais alors que je suis revenu sur ses talons, il relance sur une portion plane et là je préfère couper, ne sachant pas s’il reste encore beaucoup de distance à parcourir.
Lorsque le goudron apparaît, ça commence à sentir bon. Je dépasse un concurrent à l’agonie qui marche en claudiquant. Je lui lance un « Allez courage, c’est la fin » car j’aperçois le clocher de Chasselay. Je vois un gars à une centaine de mètres devant moi et je décide de forcer un peu pour le reprendre avant l’arrivée. Quelques spectateurs, je profite du profil descendant pour lâcher les jambes et ensuite c’est l’arche d’arrivée au km38. On me bipe, je rends mon dossard. 4h17’55’’ à mon Garmin, ce que le temps officiel confirmera en même temps qu’une 28ème place.
Je m’approche du ravito d’arrivée, prend une demi banane, un peu de pain d’épices. Un petit vent frisquet me fait frissonner, je retourne à la voiture en petites foulées pour me changer et surtout enfiler un blouson chaud. Armé d’une bouteille d’eau je retourne à l’aire d’arrivée pour attendre Biscotte et Arthur. Je tombe sur Yanshkov que j’avais déjà croisé aux alentours du km15 où il était positionné en tant que bénévole. On papote un peu, de sa future Ultra Montée du Salève qui se rapproche et qu’il est allé reconnaître la veille. Ensuite je tombe sur Libellule qui me parle de sa course sur le 20 km et qui me dit que Arthur est à 6 km de l’arrivée. Je vais l’attendre en buvant un peu et en mangeant des noix de cajou. J’en profite pour applaudir tous les concurrents qui arrivent devant un comité d’accueil assez pauvre. Heureusement qu’il y a deux cygnes qui font des ronds dans l’eau pour mettre un peu d’animation.
Après un moment, voilà la silhouette effilée d’Arthur. Il passe le premier, très content de lui, en me disant un truc du genre « je l’ai niqué » et peu de temps après c’est Biscotte qui passe la ligne. Ils sont quand même courageux les potes de s’engager sur ce trail avec un entrainement axé sur du court et du rapide… Mais voilà, quand on aime le dénivelé, c’est dur de s’en passer !
Hélas je n’aurais même pas le temps pour la sacrosainte bière d’après course, l’appel du XV de France se faisant plus fort que celui du houblon (les deux faisant d’ailleurs fort bon ménage !) Mais ce n’est que partie remise pour la récup au houblon, rendez-vous le 28 mars avec les mêmes pour le Lyon Urban Trail. D’ici là un peu de récup, et la suite de l’entraînement pour l’Occitane !
- 23/24 avril : 6666 Occitane
- 25 septembre : 100 km de Millau
- 3 décembre : 24h du Pontet
mail : caposlo@gmail.com
Je pense que même avec un entraînement axé Trail, j'aurais eu du mal à te suivre mon cochon...
Va falloir que je sois sérieux pour Millau si je veux éviter la déculotté :-))))
Merci pour cette petite ballade frisquette et rendez-vous le 28 !
@mamanpat : c'est quoi se mettre sur la courge ?
Se mettre sur la courge :
se mettre une cartouche
se déchirer
se mettre dans le rouge
se défoncer la mouille
s'arracher la gueule
maraver les potes
se sortir les doigts du cul (sorry...)
se dépasser...
mamanpat tu as un sacré vocabulaire, riche et varié
Bravo pour cette belle progression Oslo. Tu n'as pas trop de souci à te faire pour la 6666 ...
Tu pourrais venir faire le Nivolet la semaine suivante en guise de footing de récup ... :)))
@Taz,Arthur : en plus, très sérieusement, j'y ai pensé à venir faire l'ultra des Coursières ! Loin de moi l'idée de vous mettre une pilule, vous savez bien que je ne mange pas de ce pain là ;) Mais comme c'est un ultra à côté de la maison ou presque, qu'il y aura Biscotte et toi Arthur, et que c'est quand même 3 semaines après la 6666, ça peut le faire... mais je crains que Madame fasse un peu la gueule :o))) va falloir négocier mais bon, j'ai déjà échangé un 6h contre un 100km en Juillet alors qui sait ? :o)